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Cœur et coronavirus

Image de coronavirus

Avertissement : les informations suivantes sous susceptibles d’évoluer en fonction des connaissances sur cette nouvelle maladie. Cet article a été rédigé le 21 mars à partir d’une interview d’un chercheur-cardiologue de l’hôpital Georges Pompidou à Paris mise en ligne le vendredi 20 mars.

Découvert en décembre dernier à Wuhan, le coronavirus SARS-CoV-2 est surtout connu pour entraîner un Syndrome Respiratoire Aigu Sévère ou SRAS (*).

Mais il est aussi responsable d’autres manifestations notamment cardiovasculaires et rénales.

Beaucoup d’informations pas toujours vraies circulent à ce sujet et certaines pourraient conduire à des arrêts de traitements avec des conséquences délétères.

Complications cardiovasculaires de infection au coronavirus

L’infection à coronavirus peut entraîner des déstabilisations de pathologies cardiovasculaires préexistantes :

  • décompensation cardiaque,
  • poussée hypertensives,
  • atteinte myocardique.

Une décompensation cardiaque peut être la conséquence de l’atteinte respiratoire qui entraîne une baisse de l’oxygénation du myocarde ou celle d’une poussée tensionnelle.

L’hypertension artérielle, est retrouvée fréquemment chez les patients infectés par le coronavirus, mais elle n’est pas forcement liée à l’infection, mais au fait que les personnes atteintes sont plutôt âgées et que dans cette population il y a beaucoup d’hypertendus.

L’atteinte myocardique peut être de deux types principaux : soit il s’agit d’une atteinte directe du virus sur le muscle cardiaque (myocardite), soit il s’agit d’un syndrome coronarien aigu (infarctus).

Ce dernier peut être la conséquence d’une « déstabilisation » d’une plaque d’athérome au niveau d’une artère coronaire entraînant la formation d’un caillot qui va obstruer le vaisseau, ou d’un arrêt malencontreux d’un traitement par aspirine (médicament prescrit pour éviter la formation de caillot intra artériel).

Médicaments et infection au coronavirus

Les anti-hypertenseurs

On sait que le virus se fixe sur des récepteurs de l’Enzymze de Conversion de l’Angiotensine 2 (ECA2) des cellules pulmonaires.

Cette constatation a conduit à une certaine confusion avec une autre enzyme intervenant dans la régulation de la tension artérielle, l’ECA (ACE en anglais).

La découverte de cette ECA a été à l’origine de deux classes de médicaments très utilisés depuis 40 ans dans le domaine de l’hypertension, de l’insuffisance cardiaque, de l’infarctus ou du diabète. Il s’agit des IEC (Inhibiteurs de l’Enzyme de Conversion, médicaments dont le nom se termine en « pril » et des Sartans ou ARA2 (Antagonistes des Récepteurs de l’Angiotensine 2, dont le nom se termine par « sartan » (**).

La « confusion » entre l’ECA et ECA2 à conduit certains à se poser des questions sur d’éventuelles interaction avec les IEC et les Sartans (***) et à préconiser l’arrêt de ces deux familles d’anti-hypertenseurs. Cette position a été réfutée la semaine dernière par les sociétés savantes française et européenne d’hypertension qui considèrent, qu’en l’état actuel de nos connaissances, il serait dangereux d’interrompre ces traitements. (****).

L’aspirine et les anti-inflammatoires

Si l’aspirine à forte dose (prises de 500 voire 1000 mg) est déconseillée dans le traitement de la fièvre liée à l’infection virale (le paracétamol reste la molécule de référence), il n’en n’est pas de même pour les petites doses utilisées dans les pathologies cardiovasculaires (75 à 160 mg). Un tel arrêt pourrait en particulier favoriser la survenue ou la récidive d’un infarctus.

Les anti-inflammatoires sont déconseillés dans l’infection à coronavirus, mais ils le sont également chez les patients porteurs d’une pathologie cardiovasculaire ainsi que chez les insuffisants rénaux. Ils entraînent en effet une rétention d’eau et de sodium dans l’organisme et peuvent provoquer une insuffisance rénale sources de décompensation cardiaque et d’élévation de la tension artérielle.

 

(*) En anglais : Severe Acute Respiratory Syndrome d’où le nom de SARS-CoV-2 donné à ce virus. Le premier germe de cette famille, le SARS-CoV-1, avait été découvert lors d’une épidémie en 2002. La différence avec le nouveau virus, c’est que l’on peut en être porteur sans présenter de symptôme, mais en étant cependant contagieux, d’où les mesures de confinement prises pour enrayer la propagation de la maladie.

(**) Il s’agit des médicaments suivants (nom générique) :

  • les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC) : Benazepril, Captopril, Cilazapril, Enalapril, Fosinopril, Imidapril, Lisinopril, Moexipril, Perindopril, Quinapril, Ramipril, Trandolapril, Zofenopril,
  • les Sartans : Candesartan, Eprosartan, Irbesartan, Losartan.

(***) Actuellement, il n’y a pas pas de preuves concernant ces interactions et ni les sartans ni les IEC n’agissent sur les récepteurs ECA2.

(****) Voir le communiqué de la Société Française d’hypertension artérielle du 18 mars : Communiqué de la Société Française d’Hypertension-18-3-2020

L’aspirine un médicament ancien et fort utile

Photo d'un saule
Photo d'un saule

Un saule avec les pieds dans l’eau

 

Un peu d’histoire

L’aspirine est préscrite depuis le 19ème siècle pour lutter contre les douleurs et la fièvre.

Elle dérive de l’extrait d’écorce de saule blanc qui était utilisée depuis l’Antiquité, en particulier par les sumériens, les égyptiens (elle est mentionnée dans le papyrus Ebers (vers – 1550 avant J-C) et les grecs, dont le célèbre Hippocrate.

L’effet thérapeutique de l’écorce de saule est rédécouvert en 1753 par un pasteur anglais Edward Stone qui « pense que si le saule pousse les pieds dans l’eau, il doit pouvoir servir au traitement des maladies causées par l’humidité et le froid, et donc les fièvres ».

En 1829, le français Pierre Joseph Leroux isole la saliciline, (qui vient de salix, nom latin du saule).

En 1853, le strasbourgeois Charles Frédérich Gerhardt réussi la synthèse de l’acide acétylsalicylique, mais ne réalise pas l’intérêt de ce produit.

En 1894, Felix Hoffman, de la société allemande Bayer, obtient un produit pur et le brevet de l’ « Aspirin » est déposé le 6 mars 1899, il y a donc près de 120 ans. Le produit sera commercialisé en France dès 1906 sous le nom d’ « Aspirine, Usine du Rhône ».

En 1919, le Traité de Versailles prévoit que dans certains pays (dont la France), le procédé de fabrication du médicament doit tomber dans le domaine public (et donc que Bayer n’e percevra plus de droit, à la manière des génériques actuels).

 

L’Aspirine aujourd’hui

Elle est le premier médicament vendu dans le monde.

 

Une des formes actuelles d’aspirine dans le traitement des maladies cardiovasculaires

Ces dernières décennies, si l’aspirine reste un traitement antipyrétique et antalgique, ses propriétés antiagrégantes plaquettaires, découvertes en 1967, en ont fait un des piliers du traitement des maladies artérielles (artères coronaires et carotides) pour éviter la récidive d’un caillot, en particulier après un infarctus du myocarde ou un accident vasculaire cérébral d’origine ischémique.

Dans la maladie coronarienne, l’aspirine est habituellement utilisée en association avec un autre médicament antiagrégant plaquettaire pendant une durée dépendant de l’état cardiovasculaire et du reste du traitement. Dans cette indication, son effet est bénéfique à des doses de 75 à 300 mg par jour, donc inférieures à celles utilisées dans les autres indications. Il est à noter cependant la découverte récente d’une « résistance » à l’aspirine chez certaines personnes.

Des études sont actuellement menées dans le domaine de la cancérologie où une diminution du risque de cancers du sein, du poumon, de la prostate ou du colon est suggérée). Un rapport bénéfice-risque qui serait positif malgré les risques digestifs de l’aspirine signalés dès le début de sa commercialisation (brûlures d’estomacs et saignements).

 

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